secoprimo.ch

Navigation principale

Éditorial

Le protectionnisme financier est à la mode

Le Conseil fédéral a décidé que la Suisse accéderait aux demandes d'informations des autorités étrangères sur présentation de la relation bancaire et du nom du client. Quels changements doit-on en attendre? Malgré cette nouveauté, la place financière suisse conservera sa compétitivité. Les perspectives sont plutôt bonnes: monnaie saine, stabilité politique, finances publiques solides, faible inflation, main-d'oeuvre qualifiée, réseau bancaire dense, fiscalité modérée et concurrence fiscale intercantonale sont autant d'atouts à l'actif de la Suisse. La pression internationale exercée sur le secret bancaire n'est toutefois qu'un volet d'une stratégie plus large. Certes, l'interdépendance des marchés financiers a permis à la crise immobilière et financière américaine de se propager rapidement au reste du monde. Il est donc tout à fait justifié de réexaminer les règles qui régissent le système et d'intensifier la coopération internationale. En acceptant de développer l'échange d'informations dans le domaine fiscal, la Suisse contribue à cet objectif. Réglementer est une chose, se refermer en est une autre. L'autre volet de la stratégie vise à protéger les grands marchés financiers, qui souffrent tous de la crise. La lutte pour les activités génératrices de valeur ajoutée qui subsistent dans ce secteur tend donc à se durcir, alors que les gouvernements se trouvent le dos au mur en matière de fiscalité. Les programmes de sauvetage des banques et de soutien à la conjoncture creusent des déficits budgétaires énormes. Dans ce contexte de raréfaction du capital et du substrat fiscal, les États s'attachent à retenir les ressources sur leur territoire. Des pays comme les États-Unis et l'Allemagne prennent des mesures pour proscrire ou tout au moins limiter fortement les activités bancaires extraterritoriales. L'investisseur qui souhaite placer son argent à l'étranger est stigmatisé. Ces États étudient, en outre, des projets de loi qui, à coups d'incitations fiscales ou de sanctions, viseront à dissuader les chefs d'entreprise d'investir à l'étranger. Nous ne mesurons pas encore pleinement les conséquences d'une telle stratégie fondamentalement protectionniste. Elle serait décriée sur le marché des biens. L'Organisation mondiale du commerce veille à la combattre et elle a plutôt bien réussi jusqu'ici malgré une conjoncture difficile. Dans le secteur financier, par contre, les règles à coloration nationaliste se multiplient, reniant ainsi les avantages d'un marché des capitaux ouvert pour la croissance à long terme. L'étonnant dans l'affaire, c'est que cela n'émeut guère économistes, chantres du libéralisme et autres champions de l'économie de marché de part et d'autre de l'Atlantique.

Télécharger cet article (PDF, 73KO)

Jean-Daniel Gerber
Directeur du Secrétariat dÉtat à l'économie SECO, Berne



* champs obligatoires

Site by Liip AG