Éditorial
Ouvrir les marchés pour lutter contre la faim
Pour produire 140 grammes de viande de boeuf, il faut un kilo de blé et 2400 litres d'eau. Aujourd'hui, la demande en produits agricoles, en eau, en pétrole et en métaux dépasse - et de loin - l'offre. De plus, rien ne permet d'espérer un changement de tendance. En effet, les gens qui vivent dans les pays émergents veulent et peuvent participer aux acquis de la mondialisation et de l'industrialisation. L'accroissement de la prospérité et les nouvelles habitudes alimentaires ont fait bondir les besoins en viande et en lait. La consommation de pétrole a explosé sous la pression d'une mobilité croissante. L'industrialisation de pays comme la Chine ou l'Inde renforce la demande en métaux. Il s'ensuit une raréfaction des ressources, tandis que les prix s'envolent et que l'incertitude mine le consommateur. Le monde politique et les milieux économiques doivent trouver des solutions à ces questions, sans pour autant tomber dans l'activisme. En Suisse, la situation est encore supportable, malgré l'envol des prix. Le marché fonctionne, nous n'avons dû faire aucune concession quant à notre confort et l'augmentation des prix a également eu des effets positifs. Nos producteurs du secteur agroalimentaire s'adaptent aux règles du marché international. Les technologies innovantes, les nouveaux matériaux, mais aussi leurs meilleures possibilités d'utilisation offrent d'intéressantes perspectives. C'est là précisément que la Suisse a quelque chose à offrir. Avec son concept d'agriculture multifonctionnelle et durable, sa solide expérience des énergies renouvelables et son savoir-faire technologique en matière d'efficacité énergétique, la Suisse a toutes les cartes en main pour devenir un véritable pôle d'excellence en matière de gestion des ressources. Pour cela, nous devons nous inspirer des principes de l'économie de marché et ne pas tomber dans l'interventionnisme d'État. Une chose est sûre: nous ne sortirons du cycle infernal de la raréfaction de l'offre et de la hausse de la demande que si, dans une démarche interdisciplinaire, nous harmonisons notre politique avec celle menée au niveau international. Les frontières ne doivent pas limiter notre action. La clé du succès se trouve dans un échange de marchandises et de services le plus libre possible, dans la suppression des mesures de sauvegarde et dans l'abandon des subventions. La voie sur laquelle s'est engagée l'OMC avec le cycle de Doha doit être poursuivie avec un souci de cohérence. Certes, ce ne sera pas chose facile pour tous les acteurs du marché. Il faut relever le défi que nous pose la raréfaction des ressources: c'est en ouvrant les marchés que nous y parviendrons et que nous pourrons faire de la planète une terre de paix où il fait bon vivre.

