Éditorial
Vers des réformes qui profitent au plus grand nombre
L'économie suisse se porte bien. En 2006, la croissance a atteint un niveau inégalé depuis 2000 et les prévisions pour 2007 sont bonnes: l'inflation est faible et le chômage recule. Le WEF a même décerné à la Suisse la palme de la compétitivité à l'échelle mondiale. Faut-il pour autant clore le débat des réformes et prôner le statu quo? Manifestement non, si l'on observe la réalité sur le terrain. Qu'il s'agisse d'entraves à l'importation de tranches au lait ou des primes d'assurance-maladie qui ne cessent d'augmenter, pas un jour ne passe sans que les médias traitent des questions de politique économique. Pourtant, malgré cet intérêt et les récriminations contre le niveau élevé des prix, la Suisse ne passe pas pour une enthousiaste des réformes. Souvent, des mesures extrêmement prometteuses pour les consommateurs et la classe moyenne sont bloquées par des petits groupes d'intérêts qui coordonnent leurs efforts. Dans leurs rapports, des organisations internationales comme l'OCDE ou le FMI critiquent même ouvertement la Suisse pour son peu d'empressement à réformer. Il n'y a aucune raison de se complaire dans l'immobilisme. Nous pouvons, certes, nous réjouir que la conjoncture soit favorable, mais n'oublions pas qu'une croissance durable se fonde sur des gains de productivité, condition sine qua non de l'augmentation des salaires réels et du maintien du climat conjoncturel. Dans ce contexte, le présent numéro de La Vie économique propose un gros plan sur des réformes structurelles réalisées avec succès à l'étranger. Les exemples présentés montrent où se trouvent les potentiels de productivité et comment les exploiter. La productivité et la croissance ne sont, toutefois, pas des fins en soi. Il faut bien comprendre qu'une réforme réussie a des effets qui se ressentent dans la vie réelle, lorsque la population en tire un bénéfice concret. Elle est, par contre, beaucoup plus discutable lorsque les fruits de la libéralisation ne profitent qu'aux quelques groupes qui dominent le marché, et que les gains de productivité échappent à la classe moyenne. Pour que les réformes profitent au plus grand nombre, il faut des règles, en particulier dans le domaine des infrastructures. C'est seulement dans ce cas-là que la concurrence peut jouer en faveur des clients. Gageons que les exemples présentés ici contribueront à alimenter le débat pour déterminer les règles nécessaires à chaque marché.

