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Éditorial

L'«aldisation»: une chance à saisir

La nouvelle est tombée le 14 décembre 2005, à 7h35: le terme «Aldisierung» a été consacré «mot de l'année 2005» par un jury alémanique. Francisé en «aldisation» dans le titre d'un article publié par L'Hebdo le 29 décembre 2005, ce néologisme singulier a dû surtout réjouir le distributeur Aldi: cette entreprise allemande ne pouvait, en effet, guère rêver meilleure publicité. Toutefois, le mot désigne aussi un processus qui empêchera la place économique suisse de souffler pendant encore quelques années: la mutation structurelle du commerce de détail. Cette branche joue un rôle capital dans l'économie. Avec quelque 75 milliards de francs de chiffre d'affaires et près de 350000 employés, le commerce de détail est le deuxième employeur de l'économie suisse. On comprend dès lors que les représentants de la branche ne soient pas les seuls à observer attentivement l'arrivée sur le marché de concurrents étrangers tels que Carrefour, Spar, Aldi et Lidl. Pour les uns, ces distributeurs nous amènent la concurrence longtemps espérée en matière de prix et d'innovation. D'autres craignent une pression excessive sur les salaires et déplorent une dérive vers la dictature des prix, le «produit à bon marché» supplantant le «swiss made». Dans cette branche également, les mutations structurelles laisseront sans doute, comme toujours, des traces diverses. Dans une première phase, les grands distributeurs suisses ont fait un pas vers la concurrence des prix, en lançant des lignes de produits à moindre coût. Nous autres consommateurs ne pouvons que nous en réjouir. Par la suite, les entreprises du commerce de détail devront revenir à ce qui fait leur force et repenser leurs concepts commerciaux. Le marché suisse, quoique relativement exigu, laisse suffisamment de place aux diverses stratégies; il permet également aux discounters de dimension internationale ainsi qu'aux distributeurs de produits de marque recherchant la qualité de coexister. La perspective d'une réforme approfondie des méthodes d'achat, de la logistique et des processus de distribution est très prometteuse pour l'économie. Le recours systématique aux technologies modernes de l'information et de la communication à chaque étape de la chaîne de valeur ajoutée pourrait faire du commerce de détail traditionnel une branche motrice de la croissance économique générale. Pour exploiter un tel potentiel de productivité, des questions politiques délicates doivent d'abord être clarifiées, notamment en ce qui concerne les heures d'ouverture des commerces ou l'aménagement du territoire. D'un point de vue économique, les choses sont claires: l'«aldisation» n'est pas une menace, mais bien une chance à saisir.

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Eric Scheidegger
Ambassadeur, chef de la Direction de la promotion économique, Secrétariat d'État à l'économie (Seco), Berne



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